Plus longs qu’un terrain de football, dotés de systèmes de défense, de sous-marins de poche et d’équipages de plus de cent personnes, les plus grands yachts du monde sont des fortunes flottantes. Mais derrière les chiffres vertigineux se cachent beaucoup d’estimations, quelques mythes tenaces et des navires devenus enjeux géopolitiques. Tour d’horizon.
Le yacht à 4,8 milliards qui n’a jamais existé
Commençons par tordre le cou à une légende. On lit un peu partout qu’un yacht nommé History Supreme, recouvert de cent tonnes d’or et de platine, aurait coûté 4,8 milliards de dollars. C’est un canular. Aucun chantier ne l’a construit, aucune photographie authentique n’existe, et le constructeur italien Baia Yachts a affirmé que les images diffusées avaient été reprises de son propre site. Le vrai record, lui, se compte en centaines de millions, pas en milliards.
Les vrais géants des mers
Eclipse, la forteresse flottante de Roman Abramovitch
Long de 162,5 mètres, sorti des chantiers Blohm+Voss en 2010, l’Eclipse reste l’un des yachts les plus emblématiques de la planète, estimé entre 340 millions d’euros et 590 millions de dollars. À bord : deux héliports, un mini-sous-marin et, selon la presse britannique, un système de détection de missiles. Le fameux laser anti-paparazzi, lui, n’a jamais été confirmé techniquement.

Azzam, le plus long du monde
Avec ses 180 mètres, l’Azzam, livré par Lürssen en 2013, demeure le plus long yacht privé jamais construit. Conçu en un an puis bâti en trois, il dépasse les 32 nœuds grâce à des turbines à gaz. Il avait été commandé par le défunt émir d’Abu Dhabi, Cheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan. Valeur estimée : environ 600 millions de dollars.

Dilbar, le colosse par le volume
Plus court que l’Azzam, à 156 mètres, le Dilbar est en revanche le plus gros yacht du monde par le tonnage, avec la plus grande piscine intérieure jamais installée à bord. Estimé entre 600 millions et 1 milliard de dollars, il est lié à l’oligarque Alisher Usmanov et a été immobilisé à Hambourg après les sanctions de 2022.

Sailing Yacht A, l’ovni de Philippe Starck
Pièce la plus radicale de cette liste, ce voilier de 142 mètres à trois mâts géants, dessiné par Philippe Starck et estimé à environ 600 millions de dollars, ressemble à un vaisseau de science-fiction. Attribué à Andrey Melnichenko, il a été saisi par l’Italie à Trieste en mars 2022, où son entretien coûte depuis des dizaines de millions à l’État.

Serene, le coup de cœur d’un prince
Construit par le chantier italien Fincantieri pour environ 330 millions de dollars, ce yacht de 134 mètres a été racheté autour de 500 millions d’euros par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui l’aurait acquis sur un coup de tête lors de vacances sur la Côte d’Azur. Salle de neige, piscine intérieure, héliports : rien n’y manque.

D’autres mastodontes complètent ce club très fermé : l’A+ (ex-Topaz), l’Al Said, yacht d’État du sultanat d’Oman doté d’une salle de concert pour une cinquantaine de musiciens, ou encore le Flying Fox, plus grand yacht de charter du monde, louable autour de trois millions d’euros la semaine.
Le vrai prix d’un yacht ne s’arrête pas à l’achat
Au-delà du ticket d’entrée, ces navires engloutissent chaque année jusqu’à 10 % de leur valeur en entretien, carburant et équipages de plusieurs dizaines de personnes. Et pour certains, devenus symboles d’un pouvoir sous sanctions, le luxe a viré au fardeau : immobilisés dans des ports européens, ils coûtent désormais une fortune sans jamais reprendre la mer.


