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Glenn Martens au sommet de son art avec le défilé Maison Margiela à Shanghai

Dans cet article, découvre comment Glenn Martens a propulsé Maison Margiela vers un futur éclatant lors d'un défilé historique à Shanghai, mêlant héritage et avant-garde

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Dans le port de Shanghai, au cœur d’un paysage de conteneurs industriels, Glenn Martens a orchestré pour Maison Margiela un défilé qui restera gravé dans les annales: le premier show de la maison jamais présenté hors de Paris. Plus qu’un simple événement, cette présentation spectaculaire, tenue dans la vibrante métropole chinoise, marque le lancement de « MaisonMargiela/folders », un projet ambitieux qui s’étendra sur douze jours d’expositions et d’activations à travers quatre villes de Chine, célébrant avec faste les codes intemporels de la maison. Une initiative audacieuse qui confirme la stature de Martens, directeur de création depuis 2025, et sa capacité à projeter l’héritage de Margiela dans une dimension contemporaine et universelle.

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Chez Margiela, les narrations les plus poignantes naissent souvent d’un objet des plus anodins, élevé au rang de symbole. On se remémore avec nostalgie cet été 90, où Martin Margiela transformait de simples posters de rue en tops sans manche, ou ce gilet de 2006, confectionné à partir de capsules de bière. À Shanghai, l’objet qui a d’emblée captivé notre attention, par sa masse et sa simplicité, était un grand pot de peinture blanche, accompagné, bien sûr, de son pinceau. L’invitation même au défilé portait ce mystère. Glenn Martens, pour son premier rendez-vous hors des frontières parisiennes, entendait-il « ripoliner » la maison, blanchir son héritage pour mieux le redéfinir? Il a fait bien plus que cela. Avec ce show magistral, mêlant créations couture Artisanal et prêt-à-porter automne-hiver 2026-2027, Martens a hissé l’héritage de Martin Margiela et celui de son successeur, John Galliano, à des sommets d’inventivité et de virtuosité artisanale, projetant ainsi la maison dans un futur d’une luminosité éclatante. La quintessence même de Margiela a été distillée dans un paroxysme de beauté et de sens.

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Martens a surtout imprimé de son empreinte personnelle l’ADN de la maison, avec une force et une conviction rares. Son sens inné du baroque flamand, héritage de ses racines brugeoises, fusionne avec une inventivité extravagante, lui permettant de concilier, avec une maestria dont peu sont capables, minimalisme et excentricité, déconstruction radicale et élaboration subtile des formes, le tout dans des jeux de matières d’une profondeur impressionnante. Le blanc, couleur emblématique de la maison, était au cœur de cette réflexion. Martin Margiela nous confiait en 2024 que ce choix originel était avant tout une rupture: « Lorsque j’ai débuté en 1988, la couleur tendance était le gris béton et le mobilier design était noir. J’avais une forte envie de rompre avec ces codes et de me démarquer, donc le blanc s’est imposé comme la solution. » Singularité et anonymat, tout l’ADN de la maison s’y retrouve. Chaque silhouette, à Shanghai, était parée, comme il se doit pour les lignes Artisanal, d’un masque intégral, instaurant une uniformité d’anonymat, un silence visuel qui intensifiait la force des vêtements. Le blanc, dans sa puissance, révèle également le passage du temps, l’usure, la patine des choses et du monde, une thématique si chère à la maison.

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Cette omniprésence du blanc à Shanghai a culminé dans l’une des pièces les plus éblouissantes du défilé: une robe sculpturale évoquant une poupée vivante de porcelaine. Cette œuvre Artisanal était composée d’environ 500 véritables pièces de céramique, méticuleusement fixées sur une sous-couche d’organza. Le processus de création relève de la haute alchimie: la robe fut d’abord montée en toile de coton pour en découper le patron. Les céramiques furent ensuite cuites selon la forme précise de chaque pièce, émaillées, puis cuites une seconde fois, avant d’être délicatement brisées à la main pour obtenir les fragments qui composeraient la robe. Chaque éclat fut individuellement adouci, puis fixé à la base, pour un labeur total de 300 heures. Pièce sonore autant que visuelle, l’approche tintée du son délicat des éclats de porcelaine, cette robe était une évidence à Shanghai, berceau historique de la porcelaine. Elle évoque également la profondeur des toiles monochromes de Robert Ryman, où la lumière capte la matérialité même de la toile, ou ici, de la robe.

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La même fascination pour la matière se retrouvait dans le premier look du défilé: une robe en gazar drapée et corsetée, subtilement aérographiée pour accentuer ses ombres, puis recouverte de plusieurs couches d’organza de verre imprimé qui, ensemble, imitaient l’éclat délicat de l’émail de porcelaine.

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Parmi les 76 looks proposés, un autre chef-d’œuvre a capté les regards: une robe Artisanal (200 heures de travail) inspirée d’une robe de deuil édouardienne originale. Son haut a été recréé avec une profusion de smocks et de pinces nervurées. L’ensemble de la robe fut ensuite plongé dans la cire d’abeille, avec des applications supplémentaires à la main pour définir les fronces et les plis, cristallisant la « mémoire » de la crinoline, désormais retirée. Mais le clou du spectacle fut sans conteste la robe clôturant le show: une pièce d’une poésie rare, conçue à partir d’une peinture du XIXe siècle, trouvée délaissée sur le sol d’un marché aux puces. Irrémédiablement abîmée, Glenn Martens lui a offert une seconde vie après une semaine de consolidation par des restaurateurs, assurant qu’aucune autre couche de peinture ne s’écaille. La robe fut ensuite construite sans jamais découper sa toile originelle de 5 mètres de long. Une illustration parfaite de l’une des idées fondatrices de la maison: transformer l’ordinaire, le fragile, le rejeté, en un objet de haute couture, empreint d’une nouvelle dignité.

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Le faste baroque s’est aussi manifesté par l’éclat de l’or. Une silhouette Artisanal dorée, composée de cinq pièces, toutes dorées à la feuille d’or, était rehaussée d’un bustier en latex à effet bianchetto. Pour la jupe, une version en plastique d’une jupe tablier d’archive Maison Margiela a servi de modèle pour le coulage du latex, qui fut ensuite doré, à l’instar du jupon. La magie opérait à nouveau de manière spectaculaire lorsqu’apparaissait une robe coupée selon une silhouette édouardienne classique, mais recouverte de plus de 150 000 étoiles dorées appliquées à la main, fruit du travail minutieux de 34 artisans. Le col entonnoir exagéré, obtenu en prolongeant la silhouette édouardienne vers le haut avant de l’écraser pour former un col bénitier, ajoutait à l’ensemble une dimension dramatique. Un total ahurissant de 2975 heures de travail fut nécessaire pour cette pièce.

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Plus qu’un défilé, c’est à une véritable mise en tension de l’ADN de la maison que Glenn Martens a convié son public. La ligne couture Artisanal, la déconstruction et l’expérimentation y sont devenues les véritables protagonistes d’un dialogue constant entre perfection et accident. Martens pousse ces approches à leurs limites: couches superposées, matières fusionnées, surfaces craquelées. Le vêtement n’est plus seulement un habit, il devient processus, la trace d’un geste, presque un document de sa propre fabrication. La déconstruction, pilier historique de la maison, s’exprime ici avec une radicalité renouvelée. Les archétypes du tailoring, smoking, trench, queue-de-pie, sont littéralement ouverts, déplacés, hybridés. Les cols châles se renversent, les vestes fusionnent avec des jerseys seconde peau, les pantalons glissent d’un registre à l’autre. Rien n’est stable: la structure est exposée, déplacée, recomposée. À l’instar des débuts de Margiela, ce qui était censé rester caché devient visible: coutures, tensions, excédents de matière.

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Mais Martens va plus loin que la simple démonstration. Il travaille la mémoire même du vêtement. Des robes anciennes, trop abîmées pour survivre, sont fixées puis arrachées, ne laissant qu’une empreinte fantomatique. Des tapisseries usées sont restaurées avec des broderies de paillettes, comme si le temps lui-même se matérialisait. Cette logique de réemploi, au cœur de la ligne couture Artisanal depuis ses origines, inscrit chaque pièce dans une temporalité complexe, entre passé, présent et une vision presque futuriste. L’influence édouardienne agit comme une silhouette persistante, un souvenir formel qui traverse l’intégralité de la collection. Manches arrondies, cols montants, lignes allongées: ces codes historiques sont constamment altérés, peints, moulés, voire fossilisés sous des couches de bianchetto ou de cire. La peinture blanche emblématique de la maison, appliquée, cuite puis fissurée, transforme le vêtement en une surface vivante, presque organique. La cire d’abeille, que les historiens situent parmi les premières utilisées pour les bougies en Chine, fige certaines pièces et certains masques comme des reliques contemporaines, capturant les plis, immobilisant le mouvement et cristallisant l’instant, conférant au show une dimension métaphysique.

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La quasi-absence du jean dans ce défilé, pourtant l’une des spécialités de Glenn Martens, trouve son explication dans ce mix inédit entre couture et prêt-à-porter: « Je ne me voyais pas mélanger les looks en jean que nous avions réalisés, et que j’adore pourtant, nous confiait Glenn Martens à l’issue du défilé, avec les créations Artisanal aussi précieuses. La juxtaposition n’aurait pas été juste. »

Dans cette collection magistrale, Glenn Martens ne se contente pas de citer Margiela et son histoire; il en active les principes fondamentaux avec une vitalité nouvelle. L’expérimentation comme moteur, la déconstruction comme langage, le recyclage comme méthode: autant de piliers réaffirmés avec éclat. À Shanghai, le créateur belge rappelle, avec une force créative incontestable, que chez Margiela, la mode est bien plus qu’une simple esthétique, elle est une philosophie en mouvement, une interrogation constante sur la forme et le sens, une quête perpétuelle de l’extraordinaire dans l’ordinaire. Ce défilé restera une étape clé, non seulement pour Maison Margiela, mais aussi pour l’industrie de la mode toute entière, ouvrant de nouvelles perspectives sur ce que peut être la haute couture dans le monde contemporain.

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