L’hôtellerie de demain se dessine parfois là où l’on ne l’attend pas. C’est le pari audacieux de l’Escale Royale, lauréate des Hospitality Awards 2024, qui vient de jeter l’ancre sur l’île de loisirs de Vaires-Torcy. Après des implantations remarquées le long des fleuves, près de Giverny, Fontainebleau ou l’Isle-Adam, la marque insuffle une nouvelle vie à un plan d’eau de plus de 60 000 m², à une dizaine de kilomètres seulement de Disneyland Paris. Une cinquantaine de suites flottantes y revendiquent le statut de première destination touristique haut de gamme au sein d’une base nautique francilienne, illustrant une approche inédite de la mise en tourisme d’espaces jusqu’alors sous-exploités.
Ce déploiement est le fruit d’une équation complexe, encore rare en France, qui conjugue la vision entrepreneuriale à une collaboration étroite avec les acteurs publics et privés. Loin de toute artificialisation des sols, l’Escale Royale propose une alternative durable et expérientielle, en phase avec les attentes d’une clientèle exigeante et soucieuse de son environnement.
Une nouvelle adresse lacustre pour le tourisme de luxe
L’Escale Royale de Vaires-Torcy est bien plus qu’un simple hôtel: c’est une invitation à l’évasion sur l’eau. Le site accueille 54 suites flottantes, dont les surfaces varient de 23 à 28 m², toutes pensées pour deux à quatre personnes. Chaque suite est un cocon de raffinement et de bien-être, dotée d’une terrasse privative offrant une vue imprenable sur l’eau grâce à de larges baies vitrées. Les équipements se veulent luxueux et immersifs: baignoire balnéo (parfois transparente), sauna privatif, rooftop ou plafond miroir selon les modèles, tout est conçu pour une « expérience waouh », comme l’évoque Augustin Dumont, cofondateur.
Ces habitations flottantes reposent sur quatre modèles industrialisés, fabriqués en grande partie en France et assemblés en Europe. Le choix des matériaux, majoritairement durables et réversibles, souligne l’engagement écologique du projet. Le co-design avec Damien Perrot, Global Chief Design, Technical Services & Innovation Officer chez Accor Premium, Midscale & Economy Brands, confirme la volonté d’ancrer ce concept dans une modernité hôtelière exigeante. Après un mois d’exploitation, l’implantation de Vaires-Torcy affiche déjà un taux d’occupation prometteur de 71 %, avec un prix moyen par nuit autour de 200 €.
L’audace d’un partenariat public-privé en sept mois
La véritable singularité de ce projet réside dans son montage financier et partenarial, orchestré avec une célérité remarquable en seulement sept mois. L’Escale Royale a su fédérer autour d’elle une constellation d’acteurs: la Région Île-de-France, Île-de-France Nature, la SEM îles de loisirs, la SEM Investissement Tourisme, la mairie de Torcy, la DRIEAT et la préfecture, épaulés par Bpifrance et un pool bancaire solide (Banque Populaire, BRED, Caisse d’Épargne). Dominique Restino, président de la CCI Paris Île-de-France, salue cette convergence rare entre les mondes public et privé comme la clé de cette réussite.
Bpifrance, via le fonds France Investissement Tourisme 2, joue un rôle structurant. Serge Mesguich, représentant la banque publique d’investissement, souligne l’importance du tourisme, qui représente 8 % du PIB, dans leurs interventions. Entrée au capital en septembre 2023, Bpifrance figure parmi les actionnaires minoritaires, aux côtés du groupe Kasada et de M Capital. Pour Valérie Pécresse, présidente de la Région, cet investissement est avant tout social et budgétaire. Ses douze îles de loisirs, qu’elle décrit comme « le jardin de ceux qui n’en ont pas », doivent pouvoir accueillir les publics éloignés des vacances et les classes moyennes. Le modèle gagnant-gagnant est clair: les revenus générés par l’Escale Royale permettront de nouveaux investissements et attractions sur l’île. Jean-Chrysostome Dumont, cofondateur, salue la « souplesse extraordinaire » des services de l’État et de la Région, ayant permis une ouverture rapide malgré la complexité du montage.
Réversibilité et innovation environnementale au cœur du succès
Au-delà de son montage, le modèle d’exploitation de l’Escale Royale ouvre des perspectives inédites pour l’hôtellerie. Jean-Chrysostome Dumont articule le concept autour de trois piliers: l’expérience immersive, l’ancrage territorial et l’innovation. L’argument environnemental est central et conditionne directement l’accès au foncier. « En France, chaque minute qui passe, c’est l’équivalent d’un terrain de football qui est bétonné. Le site que vous voyez ici, il n’y a pas un mètre cube de béton qui a été coulé pour le créer », insiste le cofondateur. L’absence d’artificialisation des sols et la réversibilité totale des structures, certifiées par une écologue, permettent d’implanter cette offre marchande dans des zones où toute construction en dur serait impossible ou indésirable, revitalisant des plans d’eau jusqu’alors inexploités.
Cette flexibilité a un coût technique, transformé en atout par l’entreprise. Face à l’absence de raccordement au tout-à-l’égout, l’Escale Royale a développé ses propres stations flottantes de traitement des eaux usées, déjà opérationnelles sur d’autres bases de loisirs. Six années de R&D ont été nécessaires pour homologuer ces houseboats de plaisance, avec l’ambition de devenir une « nouvelle référence du tourisme premium, durable et expérientiel ». Un positionnement qui correspond aux attentes du marché, comme le souligne Serge Mesguich: « Les gens ne veulent pas simplement une chambre, ils veulent une expérience globale. » La Région l’a bien compris, Valérie Pécresse allant jusqu’à proposer le terme de « glamhôtellerie » pour qualifier cette nouvelle forme d’hébergement, « encore plus agréable que l’hôtellerie » classique.
L’Escale Royale, une rampe de lancement pour l’Île-de-France
Pour les frères Dumont, Vaires-Torcy n’est pas un aboutissement, mais le point de départ d’une expansion ambitieuse. « Ce qu’on fait, ce n’est pas l’arrivée, c’est un départ. Aujourd’hui, on est en cap sur le scale », affirme Augustin Dumont. La direction est en discussion avancée pour d’autres sites, l’objectif étant d’atteindre environ quatre escales opérationnelles à court terme.
La Région Île-de-France soutient pleinement cette dynamique. Valérie Pécresse a rappelé la superficie de l’île de Vaires-Torcy, plus grande que la principauté de Monaco, pour inviter les porteurs de projets à dupliquer ce modèle vertueux sur l’ensemble du réseau francilien. Saint-Quentin-en-Yvelines, Draveil, Étampes ou Bois-le-Roi sont autant de plans d’eau qui pourraient accueillir de futures « glamhôtelleries ». La porte est grande ouverte: « On a envie de le dupliquer absolument partout. C’est porte ouverte sur toutes les îles », a-t-elle déclaré. Le défi réside désormais dans la transposabilité de ce modèle, dont la réussite repose sur une articulation fine entre acteurs publics et privés, plan d’eau par plan d’eau. Les fondateurs, confiants, parient sur un gisement quasi illimité: « Toutes les plus grandes villes du monde sont situées à côté d’un lac, d’un fleuve ou de la mer. »


