L’essentiel
- Le Koh-i-Noor n’a aucun prix : ni la Couronne britannique ni le Royal Collection Trust n’ont jamais publié d’évaluation, et la pierre n’a jamais été mise en vente depuis sa remise à la reine Victoria en 1850.
- Il pèse 105,6 carats depuis sa retaille par le joaillier de la Couronne Garrard, en 1852 ; il en pesait environ 186 à son arrivée à Londres.
- Il orne la croix frontale de la couronne de la reine mère Elizabeth (1937), exposée dans la Jewel House de la Tour de Londres.
- L’Inde, le Pakistan, l’Afghanistan et l’Iran le revendiquent, au nom des souverains qui l’ont possédé avant la conquête britannique du Pendjab en 1849.
- Les montants qui circulent en ligne, de quelques centaines de millions à plusieurs milliards de dollars, ne reposent sur aucune expertise publiée.

Combien vaut le Koh-i-Noor ? La question revient sans cesse, et la réponse honnête tient en une phrase : personne ne le sait, parce que personne n’a jamais eu à le chiffrer. Le diamant le plus chargé d’histoire des joyaux de la Couronne britannique n’a ni prix d’adjudication, ni valeur d’assurance publiée. Voici ce qui est établi, et ce qui relève du mythe.
Combien coûte le Koh-i-Noor ?
Aucune maison de ventes, aucun musée et aucun gouvernement n’a jamais publié de valeur pour le Koh-i-Noor. Selon le Royal Collection Trust, qui gère les collections royales, la pierre a circulé pendant des siècles entre shahs persans, rois afghans et empereurs indiens, au gré des échanges forcés et des guerres, jamais par une vente publique. Depuis 1850, elle appartient à la Couronne : elle se transmet de souverain en souverain avec les autres regalia et n’est pas cessible.
Il n’existe donc aucun prix de référence, au sens où l’entend le marché : ni enchère, ni transaction privée connue, ni estimation d’expert rendue publique. Les classements qui affichent un chiffre pour le Koh-i-Noor reprennent des estimations invérifiables. C’est pourquoi notre classement des diamants les plus chers du monde le range parmi les pierres « sans prix », aux côtés du Hope et du Cullinan.
Le Koh-i-Noor en chiffres
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Nom | Koh-i-Noor, « montagne de lumière » en persan |
| Poids actuel | 105,6 carats |
| Poids avant retaille | environ 186 carats anciens, à son arrivée en Angleterre en 1850 |
| Retaille | par Garrard, joaillier de la Couronne, en 1852 |
| Origine probable | Inde, découverte probable au XVe siècle |
| Entrée dans les collections royales | 1850, après le traité de Lahore de 1849 |
| Monture actuelle | croix frontale de la couronne de la reine mère Elizabeth, 1937 (platine, 2 800 diamants) |
| Lieu | Jewel House, Tour de Londres |
| Propriétaire | la Couronne britannique |
| Prix | aucun : jamais évalué publiquement, pas à vendre |
| Source | Royal Collection Trust (RCIN 31703), Historic Royal Palaces, GIA |
De Golconde à la Tour de Londres
Le Royal Collection Trust date sa découverte probable en Inde au XVe siècle. Le premier témoignage incontesté le place sur le trône du Paon de l’empereur moghol Shah Jahan, le bâtisseur du Taj Mahal. Le souverain perse Nader Shah s’en empare lors du sac de Delhi, en 1739. En 1813, il figure dans le trésor du maharaja sikh Ranjit Singh, au Pendjab.
En 1849, les Britanniques annexent la région et font signer au jeune maharaja Duleep Singh, âgé d’une dizaine d’années, un traité par lequel il renonce à sa souveraineté. Le diamant y est expressément réservé à la reine Victoria, qui le reçoit au palais de Buckingham en 1850. Exposé à la Grande Exposition de 1851, il déçoit par son manque d’éclat : la reine le fait retailler par Garrard, ce qui lui fait perdre près de la moitié de son poids.

Victoria le porte en broche, puis les reines Alexandra et Mary le font sertir dans leurs couronnes. Depuis 1937, il orne celle de la reine Elizabeth, épouse de George VI, qui la porta encore au couronnement de sa fille Elizabeth II en 1953. Selon le Royal Collection Trust, il n’a été porté au Royaume-Uni que par des femmes, en raison de sa réputation de porter malheur aux hommes.
Pourquoi l’Inde le réclame toujours
Le Royal Collection Trust le reconnaît lui-même : le Koh-i-Noor est l’une des pierres les plus contestées de l’histoire. L’Inde en réclame le retour depuis son indépendance, en 1947, en invoquant les conditions de sa cession par un enfant sous tutelle britannique. Le Pakistan, l’Afghanistan et l’Iran font valoir à leur tour qu’il a appartenu à des souverains de leur territoire. Aucune de ces demandes n’a abouti, et la pierre reste dans les collections royales.
Le sujet reste sensible jusque dans le protocole. Pour le couronnement de mai 2023, la reine Camilla a porté la couronne de la reine Mary, sertie pour l’occasion des diamants Cullinan III, IV et V, et non la couronne au Koh-i-Noor.
Ce qui relève du mythe
Trois récits brouillent la question du prix. Le premier est financier : les chiffres en milliards que l’on croise en ligne ne s’appuient sur aucune expertise, aucune assurance ni aucune offre. Le deuxième est historique : les Mémoires de l’empereur Babur évoquent un diamant estimé à « deux jours et demi de nourriture du monde entier », mais l’identification de cette pierre avec le Koh-i-Noor reste discutée par les historiens. Le troisième est la malédiction, une légende que l’usage britannique de le réserver aux reines a contribué à entretenir.
Ce qui est mesurable tient en peu de chiffres : 105,6 carats, environ 186 carats avant 1852, une couronne de 510 grammes sertie de quelque 2 800 diamants, et pas un centime de transaction connue.
Face aux diamants qui ont un prix
Pour mesurer ce que représenterait un Koh-i-Noor sur le marché, il faut regarder les pierres qui ont réellement été vendues. Le record mondial appartient au CTF Pink Star, diamant rose de 59,60 carats adjugé 71,2 millions de dollars chez Sotheby’s à Hong Kong en avril 2017, numéro un de notre classement. L’Oppenheimer Blue, 14,62 carats, a atteint environ 57,5 millions de dollars chez Christie’s en 2016. Aucune de ces pierres n’a l’histoire du Koh-i-Noor, et c’est précisément ce qui rend toute comparaison hasardeuse : sa valeur est politique et symbolique avant d’être gemmologique.
Le Koh-i-Noor se voit, en revanche, sans rien débourser d’autre qu’un billet d’entrée : il est exposé à la Tour de Londres avec les autres joyaux de la Couronne. Pour d’autres pierres légendaires, voir aussi les plus beaux diamants célèbres du monde.
Prix vérifiés et mis à jour le 13 octobre 2026. Sources : Royal Collection Trust (fiche RCIN 31703, couronne de la reine mère Elizabeth), Historic Royal Palaces, Gemological Institute of America, Sotheby’s (résultat du CTF Pink Star).
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