L’essentiel
- Le 19 octobre 2025, huit joyaux ont été volés dans la galerie d’Apollon du Louvre : trois pièces de la parure de saphirs de Marie-Amélie et Hortense, deux de la parure d’émeraudes de Marie-Louise et trois bijoux de l’impératrice Eugénie.
- Le préjudice est estimé par le musée à 88 millions d’euros, chiffre rendu public le 21 octobre 2025 par la procureure de Paris, Laure Beccuau.
- Un an après, aucune des huit pièces n’a été annoncée retrouvée. Seule la couronne d’Eugénie, tombée pendant la fuite, a été récupérée.
- Cinq personnes ont été mises en examen fin 2025, dont les quatre membres présumés du commando, toutes présumées innocentes.
- La galerie d’Apollon a rouvert le 22 juillet 2026, sans vitrines ni joyaux.
Le dimanche 19 octobre 2025, une demi-heure après l’ouverture du musée, deux hommes montent par un monte-charge jusqu’au balcon de la galerie d’Apollon, forcent une fenêtre, découpent deux vitrines à la disqueuse et repartent avec huit pièces des collections royales et impériales. Le casse dure quelques minutes ; le butin reste introuvable. Un an après, voici les joyaux volés, leur valeur, leur histoire et l’état de l’enquête, d’après le parquet de Paris, le ministère de la Culture et le Louvre.

La liste officielle des huit joyaux volés
Le jour même, le ministère de la Culture a publié la liste des objets dérobés. Les voleurs ont visé deux vitrines de haute sécurité de la salle qui abrite les diamants de la Couronne. Les huit pièces, dans l’ordre du communiqué :
- le diadème de la parure de saphirs de la reine Marie-Amélie et de la reine Hortense ;
- le collier de la même parure ;
- une boucle d’oreille, d’une paire de cette parure ;
- le collier en émeraudes de la parure de Marie-Louise ;
- la paire de boucles d’oreilles en émeraudes de la parure de Marie-Louise (la fiche d’inventaire du Louvre, mise à jour en 2026, mentionne une seule boucle emportée) ;
- la broche dite broche reliquaire ;
- le diadème de l’impératrice Eugénie ;
- le grand nœud de corsage de l’impératrice Eugénie.
La couronne de l’impératrice Eugénie, abandonnée par les malfaiteurs, a été retrouvée au pied de la galerie. Le 21 octobre 2025, Interpol a inscrit les pièces manquantes dans sa base des œuvres d’art volées. Le Régent, diamant le plus célèbre de la collection, n’a pas été pris.
Ce que recouvrent les 88 millions d’euros
Le chiffre a été rendu public le 21 octobre 2025 par la procureure de Paris, Laure Beccuau, d’après l’estimation de la conservatrice du musée. Le Louvre l’a confirmé le même jour : « Le préjudice a été estimé par le musée à 88 millions d’euros. » Il s’agit d’une évaluation du préjudice subi par les collections nationales, pas d’un prix de vente. La procureure a rappelé que les voleurs n’en tireraient pas une telle somme en démontant les bijoux.
Sept des huit pièces ont été rachetées par le Louvre entre 1985 et 2008, souvent avec la Société des Amis du Louvre, pour reconstituer l’écrin des souveraines du XIXe siècle, dispersé par la vente des diamants de la Couronne de 1887 et par les successions. Seule la broche reliquaire était au Louvre depuis 1887.
Les émeraudes de Marie-Louise, cadeau de noces
Pour son mariage avec Marie-Louise d’Autriche, le 2 avril 1810, Napoléon commande à la maison Nitot deux parures personnelles pour la jeune impératrice, l’une en émeraudes, l’autre en opales. La parure d’émeraudes, livrée fin mars 1810 par François-Régnault Nitot, comptait un diadème, un collier, une paire de boucles d’oreilles et un peigne. La maison Nitot est l’ancêtre de l’actuelle maison Chaumet.

Le collier aligne dix grosses émeraudes, chacune prolongée d’une émeraude en poire ; les boucles d’oreilles portent deux émeraudes en poire de 45,20 carats au total et 108 diamants. Marie-Louise emporte la parure en quittant Paris en 1814. Restée chez les Habsbourg jusqu’en 1953, elle est alors cédée à Van Cleef & Arpels, qui vend une à une les émeraudes du diadème. Le collier et les boucles, intacts, entrent au Louvre en 2004.

Des saphirs de Ceylan pour deux reines
Créée sous le Premier Empire, cette parure de saphirs de Ceylan cernés de diamants a été portée par Hortense de Beauharnais, reine de Hollande et fille de Joséphine, puis par Marie-Amélie, reine des Français. Transmise dans la famille d’Orléans jusqu’au comte de Paris, la parure a été en partie achetée par le Louvre en 1985.

Le diadème volé réunit vingt-quatre saphirs et 1 083 diamants, le collier huit saphirs et 631 diamants. La grande broche, les deux petites broches et la seconde boucle d’oreille ne figurent pas sur la liste des objets volés.

Eugénie, trois joyaux et une couronne sauvée
Le diadème de perles d’Eugénie a été exécuté par Alexandre-Gabriel Lemonnier peu après son mariage avec Napoléon III, en 1853. Vendu en 1887, il passe aux princes de Thurn und Taxis avant d’être offert au Louvre par la Société des Amis du Louvre en 1992.

Le grand nœud de corsage, signé François Kramer, était le centre d’une ceinture de plus de 4 000 pierres des diamants de la Couronne, créée pour l’Exposition universelle de 1855 et portée à Versailles lors de la visite de la reine Victoria. Dès 1864, Eugénie n’en garde que le nœud, transformé en broche. Adjugé en 1887 pour Caroline Astor, il est racheté par le Louvre en 2008.

La broche reliquaire, réalisée en 1855 par Alfred Bapst, porte les 17e et 18e Mazarins, diamants légués à la Couronne par le cardinal et portés par Louis XIV en boutons de justaucorps. C’est la seule des huit pièces volées à n’avoir jamais quitté les collections publiques depuis 1887.

La couronne de l’impératrice a échappé au vol. Selon le musée (4 février 2026), écrasée, elle conserve ses 56 émeraudes ; il ne manque qu’un aigle d’or et une dizaine de minuscules diamants sur 1 354. Elle peut être entièrement restaurée.

Où en est l’enquête un an après
L’enquête pour vol en bande organisée et association de malfaiteurs est menée par la Brigade de répression du banditisme, sous l’autorité du parquet de Paris. Les étapes rendues publiques :
- 25 octobre 2025 : deux hommes sont interpellés, dont l’un à Roissy-Charles-de-Gaulle alors qu’il s’apprêtait à partir pour l’Algérie.
- 29 octobre 2025 : ils ont partiellement reconnu les faits, sont mis en examen et placés en détention provisoire. Cinq autres personnes sont interpellées.
- 31 octobre et 1er novembre 2025 : un homme de 37 ans, soupçonné d’appartenir au commando, et une femme de 38 ans sont mis en examen ; ils contestent les faits. Les trois autres sont relâchés.
- 25 novembre 2025 : quatre interpellations, dont celle du quatrième membre présumé du commando, un homme de 39 ans, mis en examen fin novembre et écroué. Les trois autres sont relâchés.
Des traces ADN relevées sur les lieux ont guidé les enquêteurs. Au 11 octobre 2026, aucune des huit pièces n’a été annoncée comme retrouvée par le parquet ou par le musée. Aucune communication officielle n’a établi l’existence d’un commanditaire. Les personnes mises en cause sont présumées innocentes.
Ce qui a changé au Louvre depuis le vol
Devant le Sénat, le 22 octobre 2025, la présidente-directrice du musée, Laurence des Cars, a reconnu que la seule caméra de cette façade ne couvrait pas le balcon utilisé par les voleurs. Le 7 novembre 2025, après l’enquête administrative, le Louvre a détaillé des mesures d’urgence :
- un coordonnateur sûreté rattaché à la présidence et un comité de pilotage dédié ;
- des dispositifs anti-bélier aux accès du Louvre et des Tuileries ;
- des caméras supplémentaires et des rondes renforcées avec la préfecture de police ;
- un budget de formation en hausse de 20 % et un centre opérationnel de cybersécurité.
Elles s’ajoutent à un schéma directeur de sûreté estimé à 80 millions d’euros. Le 5 décembre 2025, l’Assemblée nationale a créé une commission d’enquête sur la sécurisation des musées. Laurence des Cars a quitté le Louvre le 24 février 2026 ; Christophe Leribault, venu du château de Versailles, lui a succédé. La galerie d’Apollon a rouvert le 22 juillet 2026 comme galerie d’apparat, sans vitrines : les objets précieux qu’elle accueillait ont été retirés.
Cinq grands joailliers au chevet de la couronne
La couronne d’Eugénie, commandée par Napoléon III à Lemonnier pour l’Exposition universelle de 1855, sera confiée à un restaurateur agréé, épaulé par un comité d’experts annoncé le 4 février 2026. Mellerio, Chaumet, Cartier, Boucheron et Van Cleef & Arpels y sont associés à travers leurs chefs d’atelier et artisans. Un écho à l’histoire des pièces disparues : les émeraudes de Marie-Louise sortaient des ateliers de Nitot, l’aïeul de Chaumet, et étaient passées chez Van Cleef & Arpels en 1953.


