L’essentiel
- À 80 ans, l’élagueur Jean Fréon continue de veiller sur le patrimoine arboré du domaine royal de Versailles.
- Leur collaboration a débuté au lendemain de la tempête historique du 26 décembre 1999, qui a détruit près de 10 000 arbres dans le parc.
- Une complicité étroite s’est nouée entre l’artisan normand et Alain Baraton, le célèbre jardinier en chef du domaine.
Depuis plus de trois décennies, l’artisan Jean Fréon travaille comme élagueur au château de Versailles, veillant sur les arbres centenaires du domaine royal. À 80 ans, cet homme de la terre originaire de l’Orne lève toujours les yeux vers les cimes avec la même fascination. Son parcours, indissociable de l’histoire récente du parc, incarne une certaine idée de la transmission et du respect du patrimoine végétal français.
Une vocation née au cœur des forêts normandes
Une vocation née au cœur de la Normandie
Rien ne prédestinait ce jeune Normand, peu enclin aux études dans les années 1950, à s’occuper un jour des jardins du Roi-Soleil. C’est en accompagnant son beau-père dans les forêts que le jeune adolescent développe une sensibilité particulière pour le bois. Cet amour de la nature trouve rapidement un prolongement professionnel. C’est au début des années 1960, à Aube dans l’Orne, que Jean Fréon achète sa première tronçonneuse pour fonder sa propre entreprise d’élagage, qui va progressivement monter en puissance.
Au fil des décennies, sa rigueur et son professionnalisme lui permettent de structurer une petite équipe de salariés et de se faire un nom respecté dans le secteur de l’élagage en Normandie. Mais c’est un caprice de la météo qui va donner à sa carrière une dimension nationale et historique, l’appelant au chevet de l’un des plus beaux monuments de France.
L’ouragan de 1999 comme tournant historique
Le défi de la tempête historique de 1999
Le 26 décembre 1999, la tempête Lothar balaie le nord de la France avec une violence inouïe. Le parc du château de Versailles paie un tribut extrêmement lourd: sur les 200 000 arbres du domaine, près de 10 000 sont déracinés, brisés ou fragilisés. Face à cette catastrophe patrimoniale, le jardinier en chef du domaine, Alain Baraton, doit organiser des secours d’urgence et fait appel à l’expertise de Jean Fréon pour traiter ce chantier colossal dans les plus brefs délais.
Cette rencontre sur le terrain marque le début d’une collaboration indéfectible. Entre le jardinier en chef, dont le rôle est de faire croître la vie, et l’élagueur, parfois perçu comme celui qui tranche et retire, une estime réciproque s’installe. Alain Baraton confie avoir d’abord eu des réticences de jeunesse à concevoir qu’un homme dont le métier consiste à couper les arbres puisse les aimer. L’expérience de Jean Fréon a achevé de le convaincre du contraire.
Le dialogue sacré du jardinier et de l’élagueur
Pour Alain Baraton, Jean Fréon incarne l’homme du terroir dans ce qu’il a de plus noble. Le dialogue entre les deux hommes s’établit sur un équilibre subtil: là où l’élagueur parle de « cubage », le jardinier évoque le « végétal vivant ». Cette différence de sémantique n’altère en rien leur vision commune de la préservation du domaine de Versailles.
Un art de la haute couture végétale
Le travail de l’élagueur s’apparente ici à de la haute couture. Il s’agit d’avoir la subtilité nécessaire pour maintenir les sujets historiques en parfait état, d’oser couper ce que les jardiniers n’ont parfois pas le courage de trancher, tout en respectant l’esthétique classique des jardins dessinés par André Le Nôtre.
L’élagueur au château de Versailles face aux nouveaux défis
Aujourd’hui, l’intervention des équipes de Jean Fréon répond à deux enjeux majeurs: la sécurité des millions de visiteurs annuels et la préservation sanitaire du domaine. La mission de l’entreprise consiste à sécuriser le parcours touristique en éliminant les branches mortes des arbres centenaires pour éviter tout accident dans les allées historiques.
De plus, le domaine doit faire face à de nouvelles menaces biologiques, à l’image de la prolifération des chenilles processionnaires du chêne. C’est grâce à l’intervention technique et agile des équipes d’élagage, perchées à la cime des arbres dans leurs nacelles, que le domaine de Versailles parvient à limiter l’impact de ces nuisibles et à protéger la biodiversité du parc.
À 80 ans, Jean Fréon contemple le chemin parcouru avec une grande humilité. Celui qui n’aurait jamais imaginé travailler dans un cadre aussi prestigieux continue de transmettre son savoir-faire à ses équipes, garantissant que les arbres de Versailles continueront de traverser les siècles.
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