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Marseille Exposition – Mucem : dévoile les mythes et combats de la maternité

L'exposition

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Plongeant au cœur des collections ethnographiques du musée marseillais, enrichies d’œuvres antiques et contemporaines, l’exposition  » Bonnes Mères  » au Mucem se révèle une exploration d’une rare profondeur. Elle ose aborder des sujets délicats, voire encore profondément tabous, allant du mouvement des  » childfree  » au féminicide, en passant par le deuil périnatal ou l’endométriose. Si le parcours s’ouvre et se referme sur des installations d’une brillante inventivité, il peut parfois surprendre par une certaine audace graphique inégale et une cohérence visuelle fluctuante. Une vision féministe assumée, résolument engagée et parfois dogmatique, orchestre le discours, n’offrant que peu d’espace à la libre discussion, si ce n’est par un forum ouvert au cœur de l’exposition et quelques textes éclairants disséminés dans le catalogue très original, conçu par Fanette Mellier.

Avec près de 350 œuvres issues d’une vingtaine de pays méditerranéens,  » Bonnes Mères  » affiche une ambition claire :  » défaire les mythes et libérer les mères « . Le voyage initiatique débute par les  » imaginaires liés à une maternité souvent fantasmée « , avant d’insister sur  » une maternité qu’on raconte peu, parfois ambivalente, non assumée ou objet de luttes et de tabous « , pour s’achever sur la complexité des liens mère-enfants. Conçue par Caroline Chenu et Anne-Cécile Mailfert, l’exposition se dessine peu à peu comme un manifeste militant, soulignant les batailles pour les droits des femmes, et parfois, peut-être, reléguant au second plan la beauté et la joie intrinsèques de la maternité et des relations filiales.

Les Mythes Éternels de la Maternité

Dès les premières salles, le visiteur est convié à un voyage à travers les âges et les cultures, explorant les représentations ancestrales de la mère. Près des majestueuses déesses-mères, symboles éternels de fertilité et de puissance créatrice, et des figures tutélaires de mères protectrices ou des Vierges de tendresse, transcendant les pays et les confessions, un chapitre entier est naturellement dédié à Notre-Dame de la Garde. Cette basilique emblématique, édifiée par l’architecte Espérandieu sur l’une des collines les plus majestueuses de Marseille, face à l’immensité de la mer, est devenue un phare pour d’innombrables pèlerinages, où l’on vient implorer la protection de la  » Bonne Mère « . L’exposition opère une fascinante transition du mythe au symbole, allant de la Vierge à l’enfant incarnée avec audace par l’actrice et réalisatrice Hafsia Herzi, sous l’objectif onirique de Pierre et Gilles, à la monumentalité de la Maison de la Vierge, magnifiquement peinte par Guillaume Dubufe. Chaque œuvre révèle une facette de cette figure maternelle universelle, tantôt sacrée, tantôt populaire, mais toujours empreinte d’une force singulière. Ces figures archétypales nous rappellent que la maternité, au-delà de ses réalités quotidiennes, s’inscrit dans un imaginaire collectif puissant, où le sacré et le profane se côtoient et s’entremêlent.

L’Ombre et la Lumière : Une Maternité Réaliste et Engagée

La deuxième partie du parcours, plus intimiste et souvent déroutante, n’hésite pas à explorer la complexité d’être femme et mère. Des premiers cycles aux réalités de l’allaitement, toutes les dimensions physiques et médicales de la maternité sont abordées sans fard. Ces thématiques se déploient dans de petits espaces foisonnant de documents d’époque et d’objets du quotidien. Une vitrine surprenante confronte des ex-votos, témoins de prières et de remerciements, à des instruments obstétricaux, symboles des avancées médicales et des épreuves traversées. Cette section met en lumière les aspects souvent passés sous silence, les douleurs, les transformations du corps, les injonctions et les attentes sociales.

La Vision Immersive d’Edith Laplane

Une véritable bouffée d’air frais, et un moment fort de l’exposition, est la carte blanche offerte à la gynécologue et artiste Edith Laplane. Sa proposition est une expérience immersive passionnante, tant par sa forme – un cabinet de curiosités prenant la silhouette d’une commode ancienne – que par son contenu, où se mêlent broderies délicates, céramiques expressives et boîtes mystérieuses. Son sens est profond : une critique acerbe des acronymes médicaux qui, par leur froideur clinique, masquent la dureté de certaines pathologies, la résilience des corps et les traces indélébiles des menstruations, ou les allusions poignantes à l’endométriose, cette maladie souvent invisible mais dévastatrice. Le geste artistique de Laplane humanise la médecine, invitant à une réflexion plus profonde sur la féminité et la souffrance.

L’Authenticité de l’Allaitement par Nathanaëlle Herbelin

L’œuvre de Nathanaëlle Herbelin,  » Allaitement  » (2024), présentée dans cette même section, vient compléter ce tableau avec une douceur et une authenticité saisissantes, célébrant un acte ancestral et intime souvent idéalisé mais rarement montré dans toute sa vérité brute. Son approche artistique offre une perspective honnête et touchante sur la relation mère-enfant, loin des clichés.

Le Deuil, l’Absence et les Combats Modernes de la Maternité

L’exposition ne recule pas devant les aspects les plus douloureux et les plus tabous de la maternité. Elle aborde avec courage le deuil périnatal, les défis de l’endométriose, et les réalités parfois sombres du féminicide, des sujets qui résonnent avec les mouvements actuels pour les droits des femmes. Elle donne également la parole aux femmes qui choisissent de ne pas avoir d’enfants, le mouvement  » childfree « , remettant en question les injonctions sociales et les attentes traditionnelles. Ces sections, bien que parfois difficiles, sont essentielles pour une exploration complète et honnête des multiples facettes de l’expérience maternelle, soulignant les batailles encore nécessaires pour une maternité choisie et respectée.

En somme, l’exposition  » Bonnes Mères  » au Mucem de Marseille est une invitation à une réflexion profonde et nuancée sur la maternité. Loin des clichés et des idéalisations, elle confronte le visiteur aux réalités complexes, aux joies et aux peines, aux mythes et aux combats qui jalonnent cette expérience universelle. C’est un parcours engagé qui, malgré quelques audaces visuelles, réussit à défaire les mythes et à ouvrir le dialogue sur une maternité plus libre et plus authentique.

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Sophie Laurent

Sophie Laurent signe les sujets culture, art de vivre et personnalités pour La Revue du Luxe : expositions, gastronomie, mondanités et coulisses.

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