Marché du luxe au troisième trimestre 2026 : un secteur à deux vitesses - La Revue du Luxe
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Marché du luxe au troisième trimestre 2026 : un secteur à deux vitesses

Au troisième trimestre 2026, les géants du luxe affichent des résultats contrastés. Entre la résilience d'Hermès, les difficultés de Kering et la stabilité de LVMH, l'Asie stagne tandis que la joaillerie confirme son attractivité

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L’essentiel

  • LVMH enregistre une croissance organique de 1 % au T3 2026, avec un pôle Montres et Joaillerie en hausse de 6 %.
  • Hermès réalise un chiffre d’affaires de 4,1 milliards d’euros (+4,3 % à taux constants), porté par la maroquinerie (+10,8 %).
  • Kering cède 1 % à données comparables, impacté par le repli de 6 % chez Gucci.
  • Brunello Cucinelli surperforme le secteur avec une croissance de 13,5 % au troisième trimestre.

L’industrie mondiale du luxe ne délivre pas de verdict uniforme pour le troisième trimestre 2026. L’analyse des résultats publiés par les grands conglomérats du secteur dessine une trajectoire morcelée, marquée par la résilience de la haute joaillerie et le ralentissement du marché chinois. Alors que les performances oscillent entre la croissance contenue des leaders et le repli de certains acteurs en restructuration, la géographie des ventes confirme la solidité des États-Unis et du Japon face à la neutralité de l’Asie-Pacifique.

Ce paysage économique contrasté reflète des transformations structurelles profondes au sein de l’écosystème mondial de l’art de vivre et du haut de gamme. Historiquement habituée à des taux de progression homogènes portés par une demande globale sans faille, l’industrie fait aujourd’hui face à des arbitrages de consommation beaucoup plus sélectifs. Les acheteurs personnels prioritaires et la clientèle à très haut patrimoine réévaluent leurs préférences, accordant une attention accrue au savoir-faire intemporel, à l’authenticité patrimoniale et à la rareté perçue. Dans ce contexte d’ajustement, la capacité des grandes maisons à maintenir leur désirabilité dépend fortement de la gestion de leur distribution, de leur positionnement prix et de l’équilibre de leur portefeuille d’activités.

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LVMH porté par la joaillerie et la distribution

Au troisième trimestre 2026, LVMH a réalisé un chiffre d’affaires de 18,5 milliards d’euros, traduisant une croissance organique de 1 %. Sur les neufs premiers mois de l’année, le géant français cumule 57,1 milliards d’euros d’activités. Si la division Mode et Maroquinerie s’incline de 5 % en organique sur le trimestre pour s’établir à 8,2 milliards d’euros, la division Montres et Joaillerie progresse de 6 %, au même rythme que le pôle Vins et Spiritueux. Selon les informations publiées sur, la dynamique reste favorable sur les marchés américain, européen et japonais, compensant la faible activité enregistrée en Asie hors Japon (-5 %).

Premier groupe mondial du secteur, LVMH Moët Hennessy Louis Vuitton rassemble un ensemble exceptionnel de maisons prestigieuses dans cinq grands secteurs d’activité : Vins et Spiritueux, Mode et Maroquinerie, Parfums et Cosmétiques, Montres et Joaillerie, ainsi que la Distribution sélective. La puissance du modèle du groupe repose sur la décentralisation de son organisation, préservant l’autonomie créative et l’ancrage historique de marques emblématiques tout en leur offrant l’appui stratégique, financier et logistique d’un leader mondial. La performance de la division Montres et Joaillerie au cours de cette période illustre la solidité d’un portefeuille qui s’appuie sur la complémentarité de ses différentes entités, capables d’absorber les cycles économiques grâce à l’extrême diversité de leur offre et à la force de leur image à l’international.

Hermès s’appuie sur la solidité du cuir

Hermès poursuit son développement avec un chiffre d’affaires trimestriel de 4,1 milliards d’euros, en hausse de 4,3 % à taux constants. Le pôle Maroquinerie-Sellerie enregistre une progression de 10,8 %, réaffirmant son rôle de pilier face au repli du prêt-à-porter (-2 %) et de l’horlogerie (-6 %). L’Asie hors Japon montre un niveau de ventes stable (0,0 %), zone qui représente près de 40 % de l’activité de la maison. La croissance demeure soutenue au Japon (+9,6 %), dans les Amériques (+8,8 %) et sur le marché européen hors France (+9,5 %), permettant au groupe de maintenir une rentabilité solide.

Depuis sa fondation à Paris en 1837 en tant que fabricant de harnais et de selles, la maison Hermès est restée fidèle à son modèle artisanal et à ses valeurs d’excellence. La maîtrise intégrée de ses savoir-faire, le contrôle rigoureux de sa chaîne d’approvisionnement et son réseau d’ateliers majoritairement situés en France constituent le cœur de son identité. La Maroquinerie-Sellerie, métier fondateur de la maison, continue d’exercer une forte attraction auprès d’une clientèle en quête d’objets durables et intemporels. La maîtrise de sa distribution et la gestion attentive de ses capacités de production permettent à Hermès de préserver l’exclusivité de ses créations, un positionnement stratégique qui confirme sa pertinence dans les différentes régions du monde, notamment sur le marché japonais et le continent américain.

Kering accélère la rationalisation de son réseau

Kering affiche un chiffre d’affaires de 3,3 milliards d’euros au troisième trimestre, en léger retrait de 1 % à données comparables. Les ventes de Gucci s’inscrivent en baisse de 6 % à 1,29 milliard d’euros, malgré la reprise constatée chez Saint Laurent et la surperformance continue de Bottega Veneta. La division Joaillerie de Kering enregistre une hausse de 11 %, confirmant la polarisation des arbitrages de consommation vers les valeurs refuges. Face à une fréquentation en baisse en Asie-Pacifique (-8 % en retail), le groupe a révisé ses objectifs d’optimisation et prévoit désormais au moins 125 fermetures nettes de boutiques sur l’ensemble de l’exercice 2026.

Le groupe Kering s’est imposé comme l’un des acteurs majeurs de l’industrie mondiale du luxe en développant un ensemble de maisons de mode, de maroquinerie et de joaillerie réputées pour leur liberté créative. L’histoire du groupe est marquée par une transformation réussie vers un modèle pur joueur du haut de gamme, articulé autour de marques emblématiques. Dans le cadre des évolutions stratégiques en cours, l’accent est mis sur le renforcement du désirabilité de long terme, la sélectivité accrue de la distribution en propre et la valorisation de l’artisanat d’exception. La résistance du pôle joaillier au sein du portefeuille souligne l’importance stratégique des créations pérennes, tandis que l’ajustement du réseau de boutiques physiques vise à optimiser l’efficacité opérationnelle et la qualité de l’expérience client à l’échelle globale.

Miu Miu ralentit, Cucinelli confirme sa dynamique

Dans le reste du secteur, Prada Group totalise 4,5 milliards d’euros sur neuf mois, affichant une croissance organique ajustée à 1 % au troisième trimestre, marquée par un ralentissement du rythme d’expansion de Miu Miu. Moncler stagne à 605,5 millions d’euros sur la période, impacté par un recul de 8 % dans la zone EMEA. À l’inverse, Brunello Cucinelli enregistre une hausse de 13,5 % à 374,2 millions d’euros, ce qui conduit la maison italienne à rehausser ses prévisions annuelles de croissance à environ 12 %. Cette hétérogénéité des publications a entraîné une réaction sélective des marchés financiers, sanctionnant les décalages par rapport aux consensus tout en valorisant les modèles d’affaires les plus préservés.

L’observation des maisons italiennes apporte un éclairage complémentaire sur les tendances qui traversent le secteur. Le groupe Prada, avec son ancrage historique à Milan et son identité tournée vers l’avant-garde créative, illustre la nécessité de piloter avec précision l’évolution de ses différentes lignes pour maintenir un équilibre global. De son côté, Brunello Cucinelli, fondée dans le village d’Solomeo en Oumbrie, se distingue par son positionnement axé sur le luxe intemporel, la très haute qualité des matières premières comme le cachemire, et un modèle de développement respectueux du tissu artisanal local. Quant au groupe Moncler, spécialiste du vêtement d’extérieur de haut de gamme, sa sensibilité aux variations de la fréquentation touristique et aux conditions climatiques régionales dans la zone EMEA témoigne des facteurs conjoncturels multiples qui influencent les performances trimestrielles des marques contemporaines.

Analyse géographique et dynamique des marchés régionaux

L’examen détaillé des performances géographiques met en évidence un paysage mondial caractérisé par des écarts de rythme significatifs selon les zones d’implantation des réseaux de vente. L’Asie hors Japon, traditionnellement considérée comme le principal moteur de la croissance globale de l’industrie, traverse une phase de normalisation de l’activité. Les habitudes d’achat locales connaissent des réajustements significatifs, marqués par une prudence accrue des consommateurs face à la conjoncture et par une réorientation d’une partie des dépenses lors de déplacements internationaux. Cette situation explique la stabilité observée dans cette zone pour certaines maisons et le repli enregistré par d’autres acteurs du secteur.

À l’inverse, le marché japonais continue d’afficher une vivacité remarquable. Soutenu par une solide demande intérieure pour les pièces d’exception ainsi que par l’afflux continu de visiteurs internationaux attirés par l’attractivité des prix et la qualité du service, le Japon demeure un pôle de croissance très dynamique pour les grandes marques européennes. De leur côté, les Amériques font preuve d’une belle constance, soutenues par la résilience de la consommation haut de gamme et la stabilité des grands réseaux de vente physiques. Enfin, le marché européen poursuit sa trajectoire, portée à la fois par la fidélité des clientèles locales aux grandes enseignes historiques et par la fréquentation constante des capitales de la mode.

Les informations utiles sur le luxe

le site officiel de LVMH

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Marché du luxe au troisième trimestre 2026 : un secteur à deux vitesses · © LVMH
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Léa Fontaine

Léa Fontaine couvre la mode, la haute couture et la beauté pour La Revue du Luxe : défilés, collections, maisons françaises et rituels de soin.

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