Raphael Simon a rencontré Mélanie Thierry, l’une des actrices les plus énigmatiques et respectées du cinéma français. À l’occasion de la sortie de son nouveau film, « La Femme de », elle se livre sur les défis de son rôle, l’évolution de sa carrière et la richesse de ses collaborations artistiques, offrant une plongée rare dans son univers sensible et exigeant.
Depuis de nombreuses années, Mélanie Thierry s’est imposée comme une figure incontournable et fascinante du septième art français. Son parcours, jalonné de choix audacieux et de performances mémorables, témoigne d’une actrice dont l’exigence n’a d’égale que la singularité. Qu’elle incarne des figures brisées dans des drames intimes ou qu’elle déploie son talent dans des thrillers psychologiques.
La comédienne de 44 ans ne cesse de surprendre par sa capacité à se réinventer, sans jamais céder aux facilités. De son César du meilleur espoir féminin obtenu en 2010 pour « Le Dernier pour la route » à sa prestation saluée dans l’excellente série « En thérapie » (2021-2022), en passant par l’adaptation remarquée du roman « Connemara » (2025) par Alex Lutz, présentée l’an dernier au Festival de Cannes, Mélanie Thierry cultive une filmographie à son image : exigeante, profonde et résolument contemporaine.
Ce mercredi 8 avril 2026 marque son retour sur grand écran avec « La Femme de », un thriller psychologique qui, par son atmosphère et sa dissection des mœurs bourgeoises, n’est pas sans rappeler l’œuvre de Claude Chabrol. Sous la direction de David Roux, elle y prête ses traits à Marianne, un personnage d’une complexité bouleversante. Épouse d’un riche industriel et mère de famille en apparence comblée, Marianne voit son existence se déliter inexorablement à l’approche de la quarantaine.
Face à un Éric Caravaca glaçant dans le rôle d’un patriarche dominateur, Mélanie Thierry déploie toute la finesse de son jeu pour donner vie à cette femme prisonnière d’une vie confortable, mais dont l’échappatoire semble de plus en plus illusoire. « La Revue » a rencontré l’actrice, dont la performance est une fois de plus magistrale. Lorsque le scénario du film « La Femme de » lui fut présenté, la séduction opéra au-delà du personnage seul.
« Je me suis engagée dans ce projet il y a presque six ans, en plein confinement », confie Mélanie Thierry. « Entre la lecture du scénario et le tournage, j’ai eu le temps de beaucoup changer, personnellement comme artistiquement, et cela a forcément influencé ma manière d’aborder le rôle. Ce qui m’a immédiatement séduite, c’est l’atmosphère du film.
Je suis très sensible à la puissance d’une image, à une lumière, à une intention de mise en scène. C’est souvent cela qui me touche dans un scénario avant le personnage. Dans ce long-métrage, il y a quelque chose de très chabrolien… » Une observation pertinente, que l’actrice valide avec enthousiasme. « Tout à fait, dans la manière de filmer cette bourgeoisie de province, attachée aux traditions, à la religion, aux apparences.