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Theodora : Le phénomène pop du moment

Dans cet article, découvre l'ascension fulgurante de Theodora, l'artiste franco-congolaise qui bouscule les codes de la pop culture et s'affirme comme une icône de mode engagée, façonnant le paysage musical et social avec audace et authenticité.

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Par Maxime Fontaine · lundi 10 novembre 2025

Sur la scène du Palais Brongniart à Paris, un soir de novembre, une silhouette singulière capte instantanément tous les regards. Vêtue d’une culotte montante vichy audacieuse, d’un bustier noir scintillant, d’un boléro en fourrure jaune flamboyant, ses couettes ornées de rubans évoquant une héroïne d’anime, Theodora s’avance, accompagnée de quatre danseuses en lingerie. À seulement 22 ans, son incroyable maîtrise scénique sidère, tout comme son timbre enfantin d’une musicalité folle. Le public du Spotify Equal Festival, conquis, scande chaque parole de ses chansons, emporté par une énergie contagieuse.

Il y a un an à peine, cette chanteuse franco-congolaise n’était connue que d’un cercle d’initiés. Aujourd’hui, la France entière vibre au rythme de Theodora. Sacrée révélation féminine de l’année aux Flammes 2025, la « Boss Lady », comme elle se surnomme avec une pointe d’insolence, pulvérise les records. Elle a rempli quatre Zénith de Paris en cinq minutes seulement et a dépassé la prouesse de Gims, en plaçant sept titres simultanément dans le Top 50 Spotify. Son duo « Melodrama » avec Disiz, dont le refrain iconique « J’suis comme un son que t’aurais pas Shazam » est sur toutes les lèvres, est déjà certifié single de diamant, avec cinquante millions de streams en neuf semaines. Cette ascension fulgurante l’a propulsée au rang de deuxième artiste francophone la plus écoutée de France, juste après Aya Nakamura, et devant même Céline Dion. Mais comment expliquer un tel engouement ? Pourquoi Theodora captive-t-elle à ce point ?

Une Esthétique Sans Frontières : La Theodo-Pop

Theodora s’affranchit des conventions, refusant toute étiquette restrictive. « Je tiens à ce qu’on ne m’enferme dans aucune case », confiait-elle à « GQ ». « Ma seule case, à la limite, c’est “ovni”. » Ce terme, à la fois énigmatique et évocateur, décrit parfaitement sa musique hybride. La « Théodo-pop » est un carrefour où la pop rencontre le R’n’B, le bouyon antillais, la rumba congolaise, l’électro, le folk créole et le rock, créant un son inédit. Née en Suisse de parents congolais réfugiés politiques, Lili Theodora Mbangayo Mujinga a puisé son inspiration dans la mosaïque de cultures qui ont jalonné son parcours : la Suisse, la Grèce, Kinshasa, La Réunion, La Rochelle, Rennes et Saint-Denis. Ces multiples influences ont forgé une identité singulière, celle d’une jeune femme noire de la diaspora, porte-voix de « toutes les petites filles noires un peu bizarres » auxquelles elle a dédié son trophée aux Flammes.

Theodora
Theodora

C’est avec son grand frère, Jeez Suave, son alter ego artistique aux productions musicales, qu’elle connaît ses premiers succès. À 19 ans, « Le paradis se trouve dans le 93 » marque les esprits, mais c’est « Kongolese sous BBL » qui enflamme la toile en 2024. Le clip, où Theodora, arborant une perruque bleue et un grillz de gangsta, fume un joint et twerke en chantant avec un humour décapant, devient viral sur TikTok. « Baby boo tu sais, je vaux beaucoup / Même si parfois je ne joins pas les deux bouts / C’est à cause d’mon fiak, il éloigne trop mes genoux / Et mes gros seins me font souvent mal au cou », entonne-t-elle, décomplexée. Le succès est tel que « Méga BBL », la réédition de sa mixtape, s’enrichit de nouveaux titres et de collaborations prestigieuses avec Jul, Juliette Armanet, Luidji ou Chilly Gonzales.

Theodora est une artiste résolument disruptive. Elle rejette les codes « urbains » trop souvent assignés aux artistes noirs, et aspire à créer des ponts entre « différentes cultures afro-descendantes et ses influences occidentales ». Le rappeur Disiz, collaborateur et admirateur, souligne : « Ce qu’elle amène de déterminant, c’est une liberté totale. Elle ne s’excuse de rien et ne demande la permission à personne. Et il faut bien comprendre que ce qu’elle fait – poser sa voix sur des musiques de trap, chanson française ou pop-rock tout en restant crédible – est extrêmement difficile. » Pour Dinah Sultan, directrice de style chez Peclers Paris, Theodora « représente cette rupture dont on avait besoin dans le paysage pop. On a eu de magnifiques icônes, mais aucune ne provoque. Theodora a surgi sans concession avec un univers musical qui lui est propre, et ça fait du bien. » Vincent Grégoire, directeur de création chez NellyRodi, ajoute que « les gens veulent des artistes charismatiques qui montrent de nouvelles voies ».

L’Affirmation Stylistique : Une Icône De Mode Avant-Gardiste

Celle qui se décrit avec une pointe d’espièglerie comme une « bimbo de naissance » est une véritable alchimiste du style. Avec l’aide de son styliste Johan Lin, Theodora mixe et matche à l’envi, osant la fourrure, la lingerie, les perruques extravagantes et les bijoux audacieux. Une démarche poussée jusqu’à l’absurde, puisqu’elle a même mis certaines de ses pièces en vente à bas prix sur Vinted, démocratisant ainsi son esthétique. Sa grammaire stylistique est un choc des univers : l’afrofuturisme, le hip-hop, le gothique, le kawaï et le R’n’B se télescopent avec audace, comme en témoigne son clip « Fashion Designa », clin d’œil à Jean-Paul Goude.

Theodora
Theodora

Dita, critique mode éclairée, analyse cette singularité : « Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a des choix clés dans son style. D’abord l’hyperféminité revendiquée : elle évoque explicitement ses courbes comme une arme. C’est une réappropriation amplifiée des codes de la femme noire, un manifeste politique par l’image. Elle s’affirme souveraine de son corps, au cœur d’un marché qui est la mode, et qui n’a pas toujours été conçu pour elle, car on sait que les corps noirs ont longtemps été marginalisés dans cette industrie. »

Empruntant aussi bien au luxe qu’à la culture de la rue, Theodora est une icône de mode qui refuse de suivre les tendances, préférant les créer. « Son vestiaire est un joyeux bazar, plein d’une fantaisie improbable qui dérange, mais sans agressivité », remarque Vincent Grégoire. Son apparition jouissive aux côtés de Mami Watta dans « Drag Race France » a démontré son absence de peur du « ridicool », sa capacité à être trash, comique, absurde. Malgré une équipe de stylistes, son style révèle une intuition adolescente, une insouciance et une authenticité rares. Cette inventivité débordante inspire ses fans et ses pairs, comme Juliette Armanet, qui a eu un coup de foudre pour Theodora via Instagram et a enregistré « Les Oiseaux rares » avec elle. « Elle a un truc de diva qui arrive avec trois camions de fringues », raconte Juliette Armanet. « Elle a une audace de la métamorphose que je trouve géniale. Moi, je suis plus timide, mais ça m’inspire. »

Dita ajoute : « Elle utilise le vêtement comme outil de transformation, c’est un discours qu’elle porte, qui devient partie intégrante de sa musique et de son identité visuelle, et qui lui a peut-être été inspiré par Björk ou Lady Gaga. Theodora est aussi le signe d’un bouillonnement créatif qu’on observe depuis plusieurs saisons dans la mode, avec des créateurs comme Jeanne Friot, Matières Fécales ou Balenciaga. Ils ont en commun de repenser la coupe à partir du corps et non l’inverse. Les corps, les volumes et les identités minorisées deviennent un moteur esthétique. C’est la fin de la domination du canon européen comme référent unique, et Theodora se fait l’écho de ce basculement. »

La Voix Engagée : Une Boss Lady Au Cœur De Son Époque

Theodora
Theodora

« Si je n’avais pas fait de la musique, j’aurais fait de la politique », affirmait Theodora dans « Numéro », en écho à l’engagement de son grand-père, avocat et opposant politique. À 18 ans, elle intègre une classe préparatoire à l’École normale supérieure et s’investit dans la vie publique, devenant membre du conseil régional de Bretagne puis présidente de la commission culture. Si la pop l’a finalement rattrapée, la « Boss Lady » n’en demeure pas moins une artiste engagée, fière de ne compter aucun partisan d’extrême droite parmi son public. Récemment, elle a fait sensation en déclarant au magazine américain « The Fader » : « Quand tu es une fille noire et que tu fais de la musique en France, tu dois te battre cinq fois plus. Parce que personne n’aime les filles noires. »

À l’intersection de multiples identités et combats, Theodora marque aussi par ses déclarations féministes puissantes : « Ma mère a repris ses études, je trouve ça très inspirant. Il faut que les femmes se laissent la chance d’être autre chose que ce que la vie leur a suggéré, il faut continuer à croire qu’on peut devenir quelqu’un. Et cela jusqu’à notre dernier souffle. » Si elle impressionne par sa force, elle sait aussi émouvoir par sa vulnérabilité, notamment dans la chanson « Ils me rient tous au nez », où elle évoque sa passionnelle façon d’aimer. Car Theodora est une vieille âme, dotée d’un talent rare pour trouver la rime ou la mélodie qui touche au plus profond.

Juliette Armanet se remémore leur collaboration : « Quand on est arrivées en studio, on n’avait rien. On a juste écouté des musiques, on en a choisi une et elle s’est mise à faire des vibes. C’était impressionnant car elle a une voix extraordinaire. À un moment, nos inconscients se sont mis à parler et elle a évoqué des oiseaux, on a enchaîné sur l’idée. Elle avait une démarche de poétesse, elle laissait les mots se percuter, des phrases en suspens. Ça m’a fait penser à Rosalía qui va chercher un patchwork de pays, de langues, de visages. Et puis, elle est très drôle, authentique, elle sait ce qu’elle veut et a beaucoup d’autodérision. »

L’Aube D’Une Étoile Internationale

« Ce qui me frappe, c’est l’aura qu’elle a, car on pourrait la considérer comme une chanteuse urbaine pour filles, mais on l’a bien vu avec “Nouvelle école” [télé-crochet dédié au rap, sur Netflix], elle plaît autant aux filles qu’aux garçons », note Dinah Sultan. Cette habileté à fédérer et à conquérir un public de plus en plus large laisse présager des effets majeurs dans les mois à venir. Car ce succès déjà impressionnant n’est que le prélude d’un parcours exceptionnel : « Je ne veux pas perdre cette partie de ma vie où je deviens une grande star internationale », a-t-elle confié à « The Fader ».

Et de fait, tous les indicateurs sont au vert. « Pour “Melodrama”, les courbes de streams sont ascendantes, c’est le titre le plus vendu de l’année », explique Florian Leroy, l’attaché de presse de Disiz. Quant à Disiz lui-même, il est catégorique : « Theodora, les gens n’ont pas compris encore. Ce qu’elle incarne, c’est très puissant. Elle est tellement phénoménale qu’on n’est pas prêts pour les prochains morceaux qu’elle va écrire. Et puis elle n’a que 22 ans, c’est fou, applaudissez-la ! » Le phénomène Theodora ne fait que commencer, promettant de redéfinir les contours de la pop culture et de l’engagement artistique pour les années à venir.

Retrouvez « MÉGA BBL » (Maison Neptune x NBFD/Universal). En concert du 29 mars au 1er avril, Zénith, Paris-19e.

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