Par Alexandre Petit · mercredi 05 juin 2024
Ce petit élastique tressé, épais, souple et à la palette de couleurs XXL n’est plus un simple détail capillaire. Il est devenu la nouvelle star des réseaux sociaux, se vendant à des millions d’exemplaires et s’imposant comme un marqueur de tendance incontournable. Mais comment un accessoire d’apparence si modeste a-t-il pu générer une telle effervescence et susciter un engouement planétaire ? La Revue décrypte ce phénomène.
Sur les fils d’actualité et les stories, il s’invite avec une élégance décontractée sur les chevelures des personnalités les plus en vogue et des influenceuses les plus suivies. Déjà omniprésent dans les pays scandinaves, l’élastique Kknekki, que d’aucuns qualifient d’« un des meilleurs élastiques cheveux au monde », s’apprête à déferler sur nos rues, si ce n’est déjà fait. Avec plus de 10 millions d’unités vendues l’an dernier, selon les estimations du journal « El País », son ascension fulgurante interpelle. Comment expliquer la popularité si appuyée, presque déraisonnable, d’un (presque) simple élastique pour cheveux ?

Pour saisir l’essence de ce succès et comprendre sa trajectoire exceptionnelle, il est impératif de remonter aux origines de cet accessoire, dont la conception fut pensée, dès l’aube de sa création, comme un allié du quotidien autant qu’un objet intrinsèquement durable. C’est en Corée du Sud, en 1987, que les premiers élastiques Kknekki virent le jour. Aujourd’hui encore, ils se distinguent par une méthode de fabrication artisanale qui défie le temps et les standards industriels contemporains. « Ils sont confectionnés en Chine et au Vietnam sur des machines d’époque datant des années 1960 », révèle Shahzad Jabbar, PDG de Bon Dep, le groupe scandinave spécialisé dans les accessoires qui a eu la clairvoyance d’acquérir la marque en 2022, insufflant une nouvelle dimension à son héritage.
Cette conception exigeante, presque méticuleuse, est pensée pour conjuguer deux impératifs fondamentaux : une tenue irréprochable et le respect le plus absolu de la santé capillaire. Pour donner vie à un seul de ces accessoires prisés, « plus de 60 fils finement tissés autour d’un élastique haute performance » sont nécessaires. Une prouesse technique qui témoigne d’un engagement sans faille envers la qualité. Shahzad Jabbar insiste sur le caractère intransigeant de cette démarche : « Chaque composant, de la colle importée d’Allemagne aux fils, est sélectionné selon les normes de qualité les plus exigeantes », précise-t-il dans les colonnes du quotidien espagnol. L’ambition est limpide : proposer un produit doté d’une « surface lisse », dont l’objectif premier est de « prévenir la casse des cheveux tout en garantissant une tenue impeccable, sans marques disgracieuses ni glissement inopportun », une promesse que toute femme soucieuse de sa chevelure est en droit d’attendre.
L’histoire du Kknekki est celle d’une métamorphose, d’un passage subtil mais déterminant, d’un simple objet pratique à un véritable objet de désir, un emblème de style à part entière. « Il y a un an (en 2024, N.D.L.R.), nous sommes devenus les seuls propriétaires de la marque et nous lui avons insufflé une identité scandinave tout en préservant son savoir-faire artisanal : ses créations sont simples, colorées et intemporelles », explique avec fierté Shahzad Jabbar. Cette nouvelle impulsion, stratégiquement orchestrée par Bon Dep, n’est pas seulement un coup de pinceau marketing ; elle accompagne et amplifie un changement profond dans la perception de l’objet. L’élastique Kknekki, autrefois cantonné à sa fonction purement utilitaire, commence alors à s’imposer, avec une assurance grandissante, comme un signe de style, un accessoire de mode à part entière, capable de rehausser une tenue ou d’affirmer une personnalité.

De la Norvège à la Finlande, en passant par le Benelux, le phénomène Kknekki a trouvé ses premiers ambassadeurs de choix. Influenceurs visionnaires et personnalités connues des pays scandinaves ont alors joué un rôle clé dans son rayonnement fulgurant sur la scène internationale. Leurs publications, savamment mises en scène et authentiquement partagées, ont souvent avoisiné le million de vues, créant un effet boule de neige viral. Un exemple frappant est celui du footballeur international norvégien Erling Haaland, dont le chignon iconique est devenu indissociable de l’élastique Kknekki. Non content d’exposer le produit sur ses propres réseaux, il a finalement acquis une participation minoritaire dans la marque, scellant ainsi son engagement et attestant de la puissance de l’accessoire.
Aujourd’hui, cet élastique transcende les frontières, traversant mers et continents pour arriver jusqu’à nous, promettant de ne pas passer inaperçu. Ce qui séduit instantanément les regards et les cœurs ? Son design volontairement simple, épuré, qui se décline pourtant dans une multitude de coloris et de textures, offrant une liberté d’expression inégalée. Unis ou dépareillés, en velours soyeux ou pailletés scintillants, mats discrets ou brillants audacieux… Au total, plus de 750 références sont disponibles, permettant de multiplier les combinaisons à l’infini, au gré des envies, des humeurs et des tenues. C’est cette versatilité qui en fait un caméléon de la mode, capable de s’adapter à toutes les occasions.
La preuve de son ancrage profond dans la sphère mode se manifeste par des détails subtils mais éloquents : les derniers modèles mis en avant sur le site s’accordent avec la couleur Pantone 2026, « Cloud Dancer », une palette délicate et aérienne allant du blanc immaculé au beige pailleté, en passant par l’ivoire raffiné. Pensés pour s’harmoniser avec tous les styles, les élastiques Kknekki ne se contentent plus d’attacher les cheveux. Ils sont devenus un véritable prolongement du style. Et pour cause : de nombreuses adeptes les portent désormais au poignet, seuls pour une touche discrète ou en accumulation pour un effet plus affirmé, à la manière d’un bijou précieux. « On dirait un petit bracelet bien pensé, pratique et joli. Les couleurs font envie, on a du mal à choisir, j’en ai acheté plusieurs pour les accorder avec mes vêtements », nous confie une journaliste de la rédaction, résumant parfaitement l’attrait de cet accessoire multifacette.
Ce style, cette qualité, cette polyvalence, ont naturellement un prix : 3,50 € l’unité. À première vue, cette somme peut sembler élevée pour ce qui n’est qu’un accessoire du quotidien, l’équivalent de plusieurs élastiques noirs classiques. Cependant, à y regarder de plus près, ce tarif s’explique et se justifie pleinement par une alchimie de facteurs. Il y a d’abord la fabrication artisanale, gage d’un savoir-faire unique et d’une attention aux détails. Viennent ensuite les matériaux sélectionnés avec un soin extrême, promettant durabilité et respect du cheveu. Sans oublier, bien sûr, une identité mode désormais pleinement assumée, qui transforme un simple objet en une déclaration de style.

Reste que ce succès fulgurant n’a pas tardé à être repris, comme c’est souvent le cas pour les icônes de la mode. Sur les plateformes de vente en ligne à bas prix, les copies se multiplient déjà à grande vitesse, reprenant l’esthétique colorée et l’idée de l’élastique-bijou, sans offrir la moindre garantie de qualité ou de respect du cheveu. Un signe, s’il en fallait un, qu’au-delà d’être un simple accessoire, le Kknekki est devenu un véritable marqueur de tendance, un phénomène culturel à part entière, dont l’influence dépasse largement le cadre de la coiffure.