Par Pauline Mercier · samedi 10 janvier 2026
Dubaï, cette oasis de luxe et d’innovation au cœur du désert, ne cesse de repousser les limites de l’imagination. La ville, érigée en symbole de l’opulence et de l’avant-garde, excelle dans l’art de la démesure, où chaque détail est pensé pour impressionner et affirmer une identité unique. Il n’est donc guère surprenant de voir sa police arborer une flotte de véhicules qui ferait pâlir d’envie les collectionneurs les plus avisés. La dernière recrue en date, une Ferrari Purosangue — le premier SUV du Cheval Cabré — passée entre les mains expertes, ou plutôt audacieuses, du préparateur Mansory, incarne parfaitement cette philosophie. Ce n’est pas qu’une voiture, c’est une déclaration, un manifeste roulant de l’esprit dubayote.
Ce n’est un secret pour personne, Dubaï aime les symboles. Et celui-ci, il faut l’admettre, sera difficile à manquer. La Ferrari Purosangue, joyau de la couronne de Maranello, conçue pour allier l’élégance racée d’une GT à la polyvalence d’un SUV, a subi une transformation radicale. Entre les mains de Mansory, le bolide italien s’est vu affublé d’un kit carbone agressif, d’un double aileron défiant les lois de la discrétion, et d’une posture bodybuildée qui tranche avec l’harmonie originelle. Le V12, cœur battant de la bête, demeure heureusement préservé, mais l’ensemble relève davantage de l’exubérance gratuite que de l’élégance italienne que l’on attend d’une Ferrari. Une métamorphose qui, pour les puristes, frise le sacrilège, mais qui, à Dubaï, semble trouver sa pleine légitimité.

Dans une flotte où circulent déjà des bolides d’exception tels que Lamborghini, Bentley ou autres Aston Martin, cette nouvelle monture s’inscrit dans une logique bien rodée. L’objectif est clair : attirer les regards, susciter l’étonnement, surtout dans les quartiers touristiques où la police joue aussi, et c’est là toute la singularité, un rôle d’ambassadrice. Ces véhicules ne sont pas seulement des outils de maintien de l’ordre ; ils sont des ambassadeurs roulants de la marque Dubaï, des symboles de sa richesse, de sa sécurité et de son goût pour l’extraordinaire. Ils participent à l’expérience que la ville offre à ses visiteurs, transformant une simple patrouille en un spectacle inattendu.
On pourrait sourire, voire s’interroger, devant ce mélange audacieux de sécurité et de spectacle, de fonction et de faste. Pourtant, la présence de voitures aussi rapides et prestigieuses peut aussi servir ponctuellement des objectifs très concrets. Au-delà de l’effet d’image, ces supercars policières sont capables d’assurer des escortes de personnalités de très haut rang, garantissant une rapidité et une sécurité optimales. Elles peuvent également être déployées pour des interventions spécifiques nécessitant une vélocité hors du commun. Enfin, leur simple présence exerce un effet dissuasif non négligeable auprès des conducteurs locaux de supercars et hypercars, dont le pied droit est parfois, il faut le dire, un peu trop enthousiaste. Le prestige, même ostentatoire, peut ainsi se révéler étonnamment utile.

L’esthétique de la provocation est une composante essentielle de l’identité de Mansory, et par extension, de cette Purosangue policière. Là où Ferrari cultive une tradition de sportivité raffinée, Mansory exacerbe les lignes, amplifie les volumes et n’hésite pas à transformer l’élégance en démonstration de force. Ce « goût discutable », comme le suggère le ton initial, est précisément ce qui fait le sel de cette initiative à Dubaï. C’est une affirmation de liberté stylistique, une audace qui bouscule les codes établis et revendique une singularité. Ce n’est pas un hasard si cette modification radicale trouve sa place dans une ville qui a toujours préféré la page blanche à la tradition, l’innovation à la conformité.
Reste que cette Purosangue, dans sa version Mansory, aura d’abord et avant tout une mission symbolique, celle de perpétuer un message fondamental de Dubaï : montrer au monde que la cité continue de faire ce que personne d’autre n’oserait faire. C’est une ville qui s’autorise toutes les audaces, même au prix d’une esthétique qui divise. Elle ne cherche pas à plaire à tous, mais à marquer les esprits, à affirmer son statut de laboratoire du futur, où l’impossible est une simple formalité. Cette Ferrari n’est pas seulement un véhicule de police ; elle est une icône de l’ambition démesurée et de l’esprit pionnier qui animent Dubaï, une ville qui se réinvente constamment.
En définitive, l’arrivée de cette Ferrari Purosangue Mansory au sein de la police de Dubaï est bien plus qu’une simple acquisition automobile. C’est une illustration éclatante de la manière dont la ville-État intègre le luxe, la performance et une certaine vision de l’esthétique dans sa gouvernance et sa communication. C’est une leçon de marketing territorial, où chaque élément, même le plus inattendu, contribue à forger une image de marque forte et reconnaissable entre toutes. Un modèle singulier, fascinant, qui continue de nous interroger sur les frontières entre le nécessaire et le spectaculaire, entre la fonction et le symbole, dans un monde où l’image est reine.