En traversant une rue résidentielle de Brooklyn Heights, bordée de maisons élégantes, mon regard croise celui de Lux Pascal. Souriante, elle m’attend dans le café qu’elle a choisi. Ses vastes yeux d’un brun profond s’écarquillent légèrement, ses pommettes prononcées esquissent un sourire affable. Malgré l’absence de toute rencontre préalable, son accueil chaleureux et nos quelques plaisanteries en espagnol instaurent immédiatement une atmosphère de confiance, témoignant de sa capacité rare à créer une connexion authentique.
Un parcours familial et artistique singulier
Née dans le comté d’Orange, en Californie, Lux Pascal a connu un chemin de vie marqué par les allers-retours entre les continents. Fille d’un spécialiste de la fertilité et d’une psychologue pour enfants, sa famille a fui le Chili de Pinochet avant de revenir à Santiago lorsqu’elle avait trois ans. La disparition de sa mère en 1999 a profondément marqué la famille, inspirant à son frère aîné, Pedro, l’adoption du nom de jeune fille de leur mère, Pascal, un hommage que Lux adoptera également plus tard pour ses débuts américains. Ses premiers rôles aux États-Unis, notamment dans la série « The Beauty » de Ryan Murphy et le très attendu « Cry to Heaven » de Tom Ford, annoncent une carrière prometteuse. Actuellement, elle captive le public off-Broadway dans « Richard II » et a même défilé pour la première collection haute couture de Matthieu Blazy pour Chanel, qui la décrit comme » une femme, une artiste et une actrice extraordinaire » au » charisme puissant et au style personnel inimitable « .
Le nouveau départ d’une âme chilienne à New York
Si sa carrière a véritablement décollé au Chili, avec des apparitions dans des films et des séries comme « Narcos » aux côtés de son frère Pedro, Lux nourrit un désir légitime de se forger une identité artistique propre. Le théâtre, en particulier, a été un pilier fondamental de sa formation. » Ce monde m’a beaucoup nourrie « , confie-t-elle, ses yeux s’illuminant au souvenir d’un artiste anonyme qui lui a tant appris. Pourtant, malgré cette vie artistique foisonnante et son lien profond avec sa terre natale – » je crois que mon âme est chilienne » – une insatisfaction grandissante la rongeait, le sentiment d’avoir atteint un plafond. C’est de là qu’est née sa décision audacieuse de tenter les auditions pour une prestigieuse école d’art dramatique américaine. » Je me suis dit : s’ils veulent de moi, c’est une raison suffisante pour laisser ma vie derrière moi « , raconte-t-elle, le regard déterminé. Ce n’était pas seulement un changement de carrière, mais une véritable mue. » Je menais une existence qui ne me rendait pas forcément heureuse « , avoue-t-elle, ajoutant avec dignité : » j’avais envie d’un nouveau départ. Et je l’ai pris. » Le mot n’est jamais prononcé, mais elle parle ici, avec une pudeur touchante, de sa transition, qu’elle a révélée publiquement.
Lux Pascal incarne la résilience et l’audace de se réinventer. Son parcours, de Santiago à New York, est celui d’une artiste qui, au-delà des liens familiaux et des succès passés, a choisi de tracer son propre chemin, embrassant pleinement sa vérité. Avec des projets prometteurs et une présence scénique et cinématographique indéniable, Lux Pascal continue de voler, lumineuse et inspirante, vers de nouveaux horizons.