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Françoise Pétrovitch Honfleur : Une réinterprétation lumineuse de l’héritage impressionniste

Françoise Pétrovitch s'immerge à la Ferme Saint-Siméon d'Honfleur, berceau de l'impressionnisme. Elle y réinvente la lumière normande, prolongeant une série emblématique et laissant une œuvre contemporaine, dans le sillage des maîtres.

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Par Raphaël Simon, le dimanche 22 février 2026.

En 1825, Pierre-Louis Toutain et sa femme ne se doutaient probablement pas que leur modeste ferme normande, transformée en auberge, allait devenir un siècle plus tard le berceau de l’impressionnisme. La Ferme Saint-Siméon, désormais un écrin du prestigieux groupe Relais & Châteaux, a vu défiler une pléiade d’artistes désargentés, venus chercher l’inspiration au plus près de la nature. Claude Monet y occupa la chambre 22, Jean-Baptiste Camille Corot y installa son atelier en chambre 19. Un héritage artistique inestimable que l’établissement a choisi de célébrer et de perpétuer, en renouant avec sa tradition en 2000, puis plus intensément l’an passé pour le bicentenaire de l’arrivée du couple fondateur à Honfleur, en offrant gîte et couvert à de jeunes talents.

Vue du ciel de la Ferme Saint-Siméon à Honfleur, un lieu chargé d'histoire artistique.
Vue aérienne de la Ferme Saint-Siméon à Honfleur, berceau de l’impressionnisme.

Un Héritage Impressionniste Réinventé

Interrompu trois ans après son lancement par un projet de rénovation d’envergure, le programme de résidences artistiques de la Ferme Saint-Siméon a trouvé un nouvel élan sous la direction éclairée de Philippe Platel, directeur artistique du festival Normandie Impressionniste. Son ambition : offrir à des artistes contemporains la possibilité de s’immerger une à deux semaines, en mars ou en novembre, dans ce cadre historique, avec pour unique condition de laisser derrière eux une œuvre, en écho aux illustres pensionnaires du passé. La légende raconte que Monet aurait gratifié « la mère Toutain » de panneaux de portes peints, tandis qu’Adolphe-Félix Cals aurait offert une nature morte au lièvre, aujourd’hui pièce maîtresse du restaurant gastronomique, pour la remercier d’un repas chaud.

L’Esprit des Lieux, la Vision de Françoise Pétrovitch

Françoise Pétrovitch, figure majeure de la scène artistique française contemporaine, récemment mise à l’honneur au MO.CO., a été la première à s’inscrire dans cette nouvelle vague de résidents, succédant à Julien des Monstiers. L’artiste, connue pour la prééminence du dessin dans sa pratique, envisage d’ailleurs de laisser une œuvre graphique, fidèle à son médium de prédilection. Installée dans le Pressoir, un bâtiment dont les murs ont vu passer les Impressionnistes, elle œuvre au rez-de-chaussée d’une annexe appelée à devenir de nouvelles suites de luxe. Des lieux d’où son regard plonge inévitablement sur l’estuaire de la Seine, ce même panorama qui, jadis, captivait l’œil de Claude Monet.

Françoise Pétrovitch au travail dans son atelier de la Ferme Saint-Siméon, devant l'estuaire de la Seine.
Françoise Pétrovitch en pleine création dans son atelier éphémère à la Ferme Saint-Siméon.

L’Art de la Capture Instantanée

Loin de s’astreindre à une routine rigide, Françoise Pétrovitch privilégie néanmoins les débuts de journée pour ses sessions de travail. « Je travaille la couleur avec la lumière naturelle qui varie au fil de la journée, mais avancer le matin a quelque chose de rassurant », confie-t-elle. Son approche est celle de l’immédiateté : pas question de retoucher ses ébauches a posteriori, car l’artiste refuse de s’inscrire dans une temporalité longue, préférant « jouer le jeu de la temporalité courte qui correspond à ma façon de procéder ». Une singularité dans son parcours, elle qui participe rarement à des résidences, afin de pouvoir mener de front ses multiples projets. Il s’agit pour elle de saisir le paysage, non de le reproduire de mémoire, mais de le capter en temps réel, dans sa vibrante fugacité.

Atmosphère lumineuse et inspirante à la Ferme Saint-Siméon, entre tradition et modernité.
Lumière naturelle inondant les espaces de la Ferme Saint-Siméon, source d’inspiration.

Les « Îles » Normandes : Entre Réel et Onirique

L’artiste, dont l’atelier principal se trouve à Verneuil-sur-Avre, ne découvre pas Honfleur ni la Ferme Saint-Siméon. Elle connaît ces lieux pour y avoir déjà séjourné ou fait escale, ce qui lui a permis « de se projeter dans le lieu », le point de vue étant déjà inscrit dans son esprit. C’est ici qu’elle a choisi de prolonger sa série « Île », amorcée il y a sept ou huit ans, en lui conférant une palette dominée par les gris. « J’aime bien les lumières du Nord, froides rasantes, humides », explique-t-elle, révélant une sensibilité particulière pour l’atmosphère maritime normande. Sur de grandes feuilles de papier déployées à même le sol, face à la mer, son pinceau danse, esquivant des blancs immaculés laissés en réserve, tandis que les encres se transforment en évocations de nuages éphémères, de silhouettes de bateaux lointains, de fumées s’évanouissant dans l’horizon.

Une œuvre de Françoise Pétrovitch de la série Île, capturant la fusion entre paysage industriel et naturel.
Françoise Pétrovitch, série Île, 2026. Une vision contemporaine des paysages normands.

Le Geste de l’Artiste, la Marque du Temps

Le processus créatif de Françoise Pétrovitch à Honfleur est une véritable alchimie entre l’observation et l’imagination. « Je voulais faire apparaître une fusion entre paysage industriel et paysage naturel », explique-t-elle, témoignant de son désir de capter les nuances d’un environnement où le port et l’estuaire se côtoient. Elle « emmagasine les motifs en les regardant », instaurant une intemporalité dans ses œuvres où l’on ne sait jamais à quel moment de la journée elles ont été conçues. La flore qu’elle dépeint, mélangeant pins méditerranéens et sapins montagnards, contribue à cette « ambiguïté onirique avec la réalité » qu’elle affectionne. Le choix d’un format vertical uniforme renforce la nature sérielle de ses « tranches, fragments propices à la rencontre d’éléments divers », avec une ligne d’horizon tracée au même endroit pour une cohérence visuelle parfaite lors d’un accrochage futur.

L'artiste Françoise Pétrovitch concentrée sur son travail, une immersion complète dans la création.
Françoise Pétrovitch au travail, l’engagement total de l’artiste face à sa toile.

Horizons Nouveaux : Projets et Transmissions

Ces « îles saint-siméoniennes », fruits de sa résidence, devraient sans doute être exposées en 2027, le lieu restant encore à déterminer. En attendant, l’agenda de Françoise Pétrovitch est riche de rendez-vous prestigieux. Elle sera à l’affiche de la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson, au moment de sa réouverture, pour y dévoiler une commande publique monumentale. Cette tapisserie XXL de 23 mètres sur 2,15 mètres, réalisée par la Manufacture Robert Four, célèbre le 150e anniversaire de la disparition de George Sand et sera inaugurée le 18 juin 2026, un événement très attendu par le monde de l’art. Parallèlement, le musée Ingres Bourdelle, à Montauban, accueillera cet été une installation de sculptures en céramique de la plasticienne. Ces créatures hybrides et anthropomorphiques formeront un bestiaire captivant, conçu pour dialoguer avec l’architecture historique de la salle du Prince Noir, ses chapiteaux et clefs de voûte.

Commande publique de Françoise Pétrovitch pour la Cité internationale de la tapisserie en hommage à George Sand.
La monumentale tapisserie en hommage à George Sand, œuvre de Françoise Pétrovitch pour Aubusson.

Le dynamisme de la Ferme Saint-Siméon se poursuit, l’identité de son prochain résident ayant déjà été révélée. C’est Fujiko Nakaya, artiste japonaise de renommée mondiale, qui prendra le relais. Elle y préparera l’une de ses emblématiques « fog sculptures » (sculptures de brouillard), destinée à être présentée au Jardin des Personnalités d’Honfleur dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste 2026. L’esprit des Impressionnistes, fait d’expérimentation et d’interaction avec le paysage, continue de souffler sur ces lieux, promettant de nouvelles résonances artistiques pour les années à venir.

Une autre vue de Françoise Pétrovitch dans son environnement de création à la Ferme Saint-Siméon.
L’artiste saisissant l’instant, perpétuant l’héritage artistique d’Honfleur.
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